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LE DEPART
Ce soir, 10 avril, c'est le
fauteuil du salon, à Loctudy, qui me reçoit dans ses bras. Avant de me laisser
choir ainsi j'ai pris soin de préparer un bon apéritif pour ma femme, mes trois
jeunes enfants, et moi-même. Quand je les appelle tous autour de la table basse
ils savent très bien que quelque chose se trame, ce n'est pas la coutume en
pleine semaine d'ouvrir ainsi la soirée. "Je dois vous annoncer une nouvelle
et vous me direz ce que vous en pensez. - D'accord, papa!" me répond
l'aînée, toujours prête à parler la première.
Je regarde ces paires
d'yeux qui me dévorent et ces sourires qui boivent mes paroles. Ménager
l'intrigue, retarder l'échéance provoque toujours un réel plaisir à celui qui
tient les rênes du dialogue et le fait de voir, de palper cette attention autour
de moi me pousse à reculer un peu plus l'instant où je leur dirai la raison de
tout ceci: "Comment s'est passée l'école aujourd'hui? - Très bien, papa.
Dis! Tu nous dis ce que tu as à nous dire? - Et toi, ma chérie, es-tu allée
à ta réunion Tupperware? - Oui, et rassure-toi, je ne nous ai pas ruinés!
Bon tu racontes maintenant? - Hum! Je pars en Afrique pour trois mois!"
C'est un rocher qui tombe
dans l'eau. Durant une poignée de secondes personne ne sait ce qui est arrivé et
la surprise passée, les premières vagues de questions affluent: "C'est loin
l'Afrique? - Tu pars tout seul? - Et nous, on reste ici? - Qui
t'envoie là-bas? - Raconte tout! - O.K! Je vous explique."
Et je reprends toute la
chronologie de la fin de journée, leur montre Douala sur la carte, leur parle du
climat, du pays que je verrai peut-être si je puis bouger. Une question revient
sans cesse: "Tu pars tout seul? Et
nous?… - Eh! Oui, mes pauvres enfants, je m'en vais seul trois mois, ce sera
aussi dur pour moi que pour vous; et votre maman reste là, pour nous également
les parents ce sera pénible. ( ... / ... )
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