(... / ...) Nous prenons les sacs dans le coffre et tandis que j'ouvre la grille donnant sur un jardin coquet et riche en fleurs de toutes sortes, un homme que je n'avais pas vu émerge d'un buisson tout proche et salue Lauriande. C'est l'usage ici, toutes les maisons sont gardées jour et nuit et même s'il semblait sortir d'un demi-sommeil, l'homme était sur nous en deux pas. Il y va de sa vie certaines fois et de son emploi sûrement. Rassurés par l'identité de l'autre, nous pouvons pénétrer plus avant dans le domaine et je suis mon hôte qui contourne la demeure.
 Derrière, un volet en bois fermé à clé se laisse ouvrir sans difficulté et dévoile une porte à petits carreaux translucides qui s'écarte pour nous permettre d'entrer. Un jet de lumière me transporte dans l'antre de ma compagne et je découvre ainsi une grande partie de son intimité. Sans vouloir jouer au curieux ni à l'indifférent je cueille au passage quelques fragments de sa vie sur des photos, des souvenirs accrochés au mur, même une carte postale de Saint Malo! Un miroir, estampille féminine s'il en est, habille un endroit stratégique où les passages sont fréquents entre la chambre au fond et le salon où je suis.
 Un peu gauche avec mes paquets dans les bras je fais mine de poser mon sac près de la porte d'entrée:
"Pose tes affaires dans la chambre, mon chéri.
- Oui, oui. Bien sûr!"
 Le couloir est un peu rétréci par une commode en rotin mais je me faufile jusqu'à la pièce du fond et y dépose mon bagage. Comme au cinéma j'entends une voix sortie des profondeurs aquatiques de la salle de bain:
"Sers-toi quelque chose à boire. Je prends une douche et j'arrive."
 La cuisine jouxte le salon par une porte style western. J'y pénètre, trouve un petit frigo renfermant quelques bières Tuborg et m'en ouvre une. La première gorgée descend avec la volupté d'une robe sur les épaules d'une femme, ce qui m'amène sans m'en rendre compte vers la salle de bain. La porte, entrouverte intentionnellement je suppose, ne demande qu'à être poussée. J'y souscris volontiers. Avec le bruit de l'eau courant sur sa peau, Lauriande ne m'a pas entendu et je contemple avec un réel frémissement intérieur la beauté du tableau qui s'offre à moi.
 Derrière un panneau vitré un corps nu se déhanche sous une chute d'eau et les massages auxquels se livrent ses mains sont autant de caresses et il m'est impossible de voir ce spectacle sans y participer. Je pose mon verre sur la tablette du lavabo et me déshabille prestement avant que le mirage ne disparaisse. Un petit toc-toc sur la vitre l'informe de ma présence et quand je feins de rentrer à ses côtés elle ne s'y refuse pas bien au contraire. (... / ...)